Formater une partition pour une IA locale : quel système de fichiers, quelle taille, quelle organisation

9 min de lecture

Dédier un disque ou une partition à une IA locale évite d'encombrer le système et facilite les sauvegardes. Voici les quatre décisions avant de formater, et la procédure sur les trois systèmes.

La question « comment formater une partition pour la dédier à une IA locale » arrive en général après la lecture d'un article sur l'IA en local et une première installation faite à la va-vite sur le disque système. Trois modèles plus tard, il reste dix gigaoctets sur le disque principal et l'ordinateur ralentit. Dédier une partition règle ce problème, à condition de prendre quatre décisions avant de cliquer sur « Formater » : le système de fichiers, la taille, le support physique et ce qu'on y mettra. Voici comment trancher les quatre, et la procédure sur les trois systèmes.

Pourquoi une partition dédiée plutôt qu'un dossier

Un dossier sur le disque système suffit pour un essai. Une partition ou un disque séparé devient utile dès qu'on garde l'IA :

  • L'espace est borné. Les modèles ne peuvent pas remplir le disque système jusqu'à bloquer les mises à jour ou la messagerie.
  • La sauvegarde se simplifie. On exclut la partition des sauvegardes quotidiennes, les modèles se retéléchargent, et on n'y stocke rien d'irremplaçable.
  • La réinstallation ne touche pas aux modèles. Réinstaller le système ou changer d'outil ne fait pas retélécharger 40 Go.
  • On sait ce qui est où. Pour une TPE qui se demande ce que l'IA a « vu », une partition dont le contenu tient en deux dossiers est plus lisible qu'un dossier caché dans le profil utilisateur.

Si le besoin est de transporter l'IA d'un poste à l'autre, la logique est différente et c'est la clé USB qu'il faut regarder. Ici, on parle d'un support fixe.

Décision 1 : le système de fichiers

Le critère est simple et élimine d'emblée un candidat. Un modèle de langage se télécharge sous la forme d'un fichier unique, le plus souvent au format GGUF, dont la taille va de 2 Go pour un petit modèle à plus de 40 Go pour un grand modèle compressé. FAT32 limite chaque fichier à 4 Go : il est donc exclu, même si c'est le format par défaut de nombreux disques externes vendus en grande surface.

SystèmePourFichiers > 4 GoPermissionsRemarque
NTFSWindowsOuiOuiLe choix par défaut sur un poste Windows
APFSMacOuiOuiLe choix par défaut sur un Mac récent
ext4LinuxOuiOuiLe choix par défaut sur un poste Linux
exFATTousOuiNonPour un disque qui passe de Windows à Mac ; pas de chiffrement natif
FAT32TousNonNonÀ écarter

Dans le cas courant, un poste de travail, un seul système, on prend le format natif du système. exFAT n'a d'intérêt que pour un disque externe partagé entre un Mac et un PC, et il faut alors savoir qu'il ne gère ni permissions ni chiffrement natif, ce qui pèse sur la décision 4.

Décision 2 : la taille

La taille se calcule à partir des modèles qu'on compte garder, pas de l'espace libre. Ordres de grandeur pour des modèles compressés en 4 bits, le réglage le plus courant sur un poste sans carte graphique dédiée :

  • un petit modèle (7 à 8 milliards de paramètres) : 4 à 5 Go ;
  • un modèle intermédiaire (12 à 14 milliards) : 8 à 9 Go ;
  • un grand modèle (70 milliards) : autour de 40 Go, et il ne tournera pas sur un poste bureautique.

À cela s'ajoutent le programme lui-même, le cache de téléchargement, et le fait qu'on garde souvent deux versions d'un même modèle le temps de comparer. 100 Go couvrent un poste qui teste trois ou quatre modèles de taille petite à intermédiaire. 250 Go laissent la place à un ou deux grands modèles et aux versions successives. Au-delà, on ne parle plus d'un poste de TPE.

Décision 3 : le support physique

Le disque compte au chargement du modèle, quand plusieurs gigaoctets sont lus d'un coup pour être placés en mémoire. Il ne compte plus pendant que l'IA répond : à ce moment-là, ce sont la mémoire vive et le processeur (ou la carte graphique) qui travaillent.

Concrètement : un SSD interne charge un modèle de 5 Go en quelques secondes, un disque dur mécanique en une minute ou plus, un disque externe en USB se situe entre les deux selon la connexion. Si la machine a un seul SSD, une partition dessus est le meilleur choix. Si on ajoute un disque, un SSD SATA d'entrée de gamme suffit largement ; un NVMe n'apporte rien de visible sur cet usage.

Décision 4 : ce qu'on y met, et ce qu'on n'y met pas

C'est la décision qui intéresse le dirigeant, pas seulement le technicien. Une partition IA contient deux choses : le programme qui fait tourner les modèles, et les modèles. Point.

Elle ne contient pas les documents qu'on soumet à l'IA. Les devis, contrats, dossiers clients qu'on lui donne à lire restent là où ils sont, dans l'arborescence habituelle, avec les droits d'accès et les sauvegardes habituels. Mélanger les deux, c'est perdre la lisibilité qu'on cherchait, et c'est surtout créer un endroit où des données clients dorment hors du périmètre de sauvegarde.

Deux règles qui en découlent :

  • Chiffrer la partition si le poste sort de l'entreprise. Un portable avec une partition IA en clair expose le programme, pas les données, tant qu'on respecte la règle précédente ; mais dans la pratique un historique de conversations finit toujours par s'y loger. BitLocker sur Windows, FileVault sur Mac, LUKS sur Linux, activés sur la partition. Ce qui exclut exFAT dans ce cas.
  • Garder un fichier texte à la racine qui dit ce que contient la partition, quel outil, quels modèles, et depuis quand. Six mois plus tard, personne ne se souvient.

Ce qu'une partition dédiée ne règle pas

Le montage est propre, il ne fait pas de miracle, et le dire évite la déception au premier essai :

  • Elle ne change pas la vitesse des réponses. Si l'IA est lente, la partition n'y est pour rien ; c'est la mémoire vive ou le modèle trop gros pour la machine.
  • Elle ne rend pas conforme au RGPD. Base légale, registre, durée de conservation, information des personnes : rien de cela ne dépend de l'endroit où sont rangés les modèles.
  • Elle ne sauvegarde rien. C'est même l'inverse : on l'exclut des sauvegardes parce qu'elle ne contient que du retéléchargeable. Le jour où un historique de conversations s'y installe, il n'est sauvegardé nulle part.

Cloisonner ses données, ouvrir sa visibilité dans les IA

C'est le contresens que je vois s'installer dès qu'une entreprise prend le sujet au sérieux : on cloisonne, on chiffre, on dédie une partition, et par le même réflexe on ferme tout, y compris ce qui devrait rester grand ouvert.

Les deux IA n'ont pourtant rien à voir. Celle de la partition ne doit rien savoir de vous : elle travaille hors ligne, sa mémoire est figée au jour de son entraînement, et elle ne citera jamais votre entreprise, quoi que vous publiiez. Celle qui décide de votre visibilité est ailleurs : ChatGPT, Perplexity et les résumés générés dans Google vont chercher le web en direct quand un dirigeant d'Arras ou de Valenciennes leur demande un prestataire près de chez lui. Pour celle-là, l'objectif est d'être trouvable, cohérent d'une source à l'autre, et cité.

Formater un disque ne vous rapproche donc pas d'un pas des moteurs de réponse. La partition se ferme, le site s'ouvre : deux chantiers distincts, et le second est décrit dans pourquoi les IA génératives ignorent votre entreprise.

La procédure sur les trois systèmes, et par où commencer

Le principe est le même partout : créer la partition, la formater dans le système natif, la nommer, puis indiquer à l'outil d'IA d'y stocker ses modèles.

Windows. Gestion des disques (clic droit sur le menu Démarrer). Sur le disque choisi, réduire le volume existant ou utiliser l'espace non alloué, créer un nouveau volume simple, formater en NTFS avec un nom explicite, par exemple IA. Lui attribuer une lettre fixe.

Mac. Utilitaire de disque. Sélectionner le disque, cliquer sur Partitionner, ajouter une partition au format APFS avec un nom explicite. Sur un Mac récent, APFS permet aussi de créer un simple volume dans le conteneur existant, ce qui partage l'espace dynamiquement et évite de figer une taille.

Linux. GParted ou l'outil de disques de la distribution. Créer la partition, la formater en ext4, définir un point de montage fixe dans /etc/fstab pour qu'elle soit disponible au démarrage.

Ensuite, dans l'outil d'IA, changer l'emplacement des modèles avant le premier téléchargement : les outils courants proposent un réglage ou une variable d'environnement pour cela. Si des modèles ont déjà été téléchargés sur le disque système, les déplacer sur la partition puis pointer l'outil dessus, plutôt que de les retélécharger.

Dans l'ordre, sur un poste déjà en service :

  • Mesurez les modèles déjà téléchargés, et multipliez par trois : c'est la taille minimale.
  • Vérifiez que le disque prévu est un SSD.
  • Formatez dans le format natif du poste, exFAT seulement si le disque doit changer de machine.
  • Déplacez les modèles existants avant d'en télécharger d'autres.
  • Créez le fichier texte à la racine, avec la date et la liste des modèles.

Pour décider si une IA locale a sa place dans votre entreprise, et sur quels usages, la page consultant IA dans le Nord décrit comment je mène ce diagnostic. Pour former une équipe à l'usage d'une IA en local ou en ligne, la formation IA à Lille est finançable via votre OPCO. Pour une question sur votre installation, contactez-moi directement.

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Questions frequentes

Quel système de fichiers pour une partition dédiée à une IA locale ?+

Le format natif du système : NTFS sur Windows, APFS sur Mac, ext4 sur Linux. FAT32 est exclu parce qu'il refuse les fichiers de plus de 4 Go, or un modèle est un fichier unique de 2 à 40 Go. exFAT ne se justifie que pour un disque partagé entre Mac et PC.

Quelle taille prévoir pour une partition IA ?+

100 Go pour un poste qui teste quelques modèles de 4 à 9 Go, 250 Go si vous gardez plusieurs versions ou un grand modèle. Calculez à partir des modèles que vous comptez garder, pas de l'espace libre, et prévoyez large : redimensionner après coup est fastidieux.

Un SSD est-il obligatoire pour une IA locale ?+

Non, mais il change le temps de chargement d'un modèle : quelques secondes sur SSD, une minute ou plus sur disque mécanique. Il ne change pas la vitesse des réponses, qui dépend de la mémoire vive et du processeur ou de la carte graphique.

Peut-on mettre ses documents clients sur la partition de l'IA ?+

Il vaut mieux l'éviter. La partition ne contient que l'outil et les modèles ; les documents restent dans l'arborescence habituelle, avec ses droits d'accès et ses sauvegardes. Cela garde la partition hors du périmètre de sauvegarde et évite que des données clients s'y accumulent sans contrôle.

Faut-il chiffrer la partition ?+

Oui si le poste sort de l'entreprise, avec BitLocker, FileVault ou LUKS. Même sans documents dessus, un historique de conversations finit par s'y loger. Le chiffrement exclut exFAT, qui ne le gère pas nativement.

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